Désert Libyque: découverte de fossiles et histoire de l’évolution

Une équipe de scientifiques, dirigée par Christopher Beard, professeur d’écologie et de biologie évolutive à l’université du Kansas, a mis en lumière un intervalle de l’histoire de l’évolution, par ailleurs peu documenté, grâce à des fossiles découverts dans le désert libyque.

L’oasis de Zallah dans le désert libyque

Les travaux de Beard portent sur l’origine et l’évolution des primates et des anthropoïdes – les précurseurs de l’homme. Son article dévoile une découverte de fossiles de mammifères mis au jour dans l’oasis de Zallah, dans le bassin de Sirt, au centre du désert libyque. Les fossiles datent d’il y a entre 30 et 31 millions d’années.

L’article est disponible en ligne mais doit encore être publié dans l’édition d’avril du Journal of African Earth Sciences, et documente les résultats d’une expédition de 2013.

Selon le communiqué de presse officiel de l’Université du Kansas concernant ladite recherche, l’étude démontre comment les changements climatiques et environnementaux peuvent modifier un écosystème local.

L’extraordinaire découverte de Christopher Beard

L’équipe a travaillé dans une unité rocheuse appelée l’oasis de Zallah dans le bassin de Sirt en Libye – une zone qui a produit « sporadiquement » des vertébrés fossiles depuis les années 1960. Selon l’article, l’équipe a découvert un groupe très diversifié et unique de mammifères fossiles datant de l’Oligocène, une période marquée par une grande diversité d’animaux et le développement d’espèces essentielles à l’évolution humaine.

Beard a également découvert plusieurs nouvelles espèces de faune, dont une nouvelle espèce de primate Apidium, que l’équipe considère comme la plus intéressante des fossiles découverts jusqu’à présent.

En outre, Beard affirme que les espèces fossiles découvertes par son équipe en Libye étaient étonnamment différentes des fossiles antérieurs liés à la même époque géologique découverts en Égypte.

« Le fait que nous trouvions différentes espèces en Libye suggère que les environnements anciens de l’Afrique du Nord devenaient très disparates à cette époque, probablement en raison du refroidissement et de l’assèchement de la planète qui ont commencé peu de temps auparavant », a-t-il déclaré dans le communiqué de presse de l’université. Cette disparité environnementale semble avoir favorisé ce que nous appelons la « spéciation allopatrique ». En d’autres termes, lorsque des populations d’une même espèce sont isolées en raison de la fragmentation de l’habitat ou d’un autre obstacle à la libre circulation des gènes, des espèces différentes apparaissent avec le temps. Nous étudions encore comment cette nouvelle dynamique évolutive a pu avoir un impact sur l’évolution des primates et d’autres mammifères en Afrique à l’heure actuelle. »

L’impact du changement climatique sur la faune locale

La faune locale de l’incision de Zallah en Libye semble être d’un âge proche de celui des carrières du Fayoum dans la formation de Jebel Qatrani en Égypte et de la localité de Taqah dans la formation d’Ashawq à Oman.

« Ce sont les premiers fossiles de primates anthropoïdes connus de l’Oligocène de Libye et les seuls fossiles anthropoïdes de cet âge connus en Afrique en dehors de l’Égypte », explique le chercheur. « Des hypothèses antérieures suggéraient que les anthropoïdes en tant que groupe pouvaient avoir évolué en réponse au refroidissement et à l’assèchement de la planète qui se sont produits à la frontière entre l’Éocène et l’Oligocène. Nos nouvelles recherches indiquent que ce n’était certainement pas le cas, car les anthropoïdes existaient déjà depuis plusieurs millions d’années en Afrique avant cette limite.

« Mais le changement climatique a tout de même eu un impact profond sur l’évolution des anthropoïdes, car il a entraîné une fragmentation de l’habitat et un niveau accru de spéciation allopatrique. Les anthropoïdes, qui vivent dans les forêts, auraient été particulièrement touchés par la fragmentation des forêts pendant l’Oligocène », ajoute-t-il.

L’insécurité en Lybie ralentit les recherches

Dans l’équipe de recherche de Beard se trouve le professeur libyen Mustafa J. Salem, du département de géologie de l’Université de Tripoli – un expert du désert du Sahara, et celui qui a donné à Beard et al le feu vert pour retourner dans le pays en 2013 « malgré les avertissements du Département d’État contre les voyages dans le désert libyque, dit Beard.

L’auteur principal de la recherche affirme toutefois qu’un autre retour sur le terrain en Libye pour poursuivre les travaux est pratiquement problématique, et actuellement impossible tant que le pays n’est pas stable et que la sécurité des chercheurs ne peut être assurée.